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De la tentation de dire

ou de taire…

1. Qualité du raisonnement et construction argumentaire

J’avoue mon désarroi. S’agissant d’écologie, par exemple, devrais-je d’abord admettre ma conception toute ingénue de celle-ci? Elle ne m’apparaît pas option, idéologie ou couleur mais primat : celui des Droits de la Nature, sources primaires de nos droits. J’aspire pareillement à une vision systémique du monde, nôtre autant que "vôtre" ou "leur".

Avis divergents et contradictions ne permettent-ils pas d'approfondir le débat démocratique...si tant est que chaque "partie prenante" soit authentique?

Me faut-il envisager mon incapacité à comprendre les "discours"?

Dois-je faire le deuil de leur vertu pédagogique et de la démonstration d'une cohérence?
 

Ainsi, les députés ont-ils adopté le 15 mars dernier, l’amendement du député Roland Lescure, soutenu par le gouvernement, au projet de loi Pacte interdisant la fabrication de produits phytopharmaceutiques interdits à la vente dans l'Union européenne, en 2025 (avec des dérogations possibles au-delà de cette date) et non plus en 2022. Sauf erreur, l’interdiction dès 2022 de la production, du stockage et de la vente de ces produits destinés à des pays tiers et contenant des substances prohibées par l’UE figurait dans la loi agriculture et alimentation promulguée en novembre dernier. J’imagine que ce ne fut pas le fruit du hasard.

Et Monsieur Lescure d’invoquer finalement le risque d'une délocalisation de la production desdits pesticides en Allemagne et donc les effets néfastes… sur nos emplois.

Un propos dénué de toute ambiguïté :
• le risque ici identifié est dans la délocalisation de la production et non dans la production, le stockage, la vente et l’usage de ces substances ;

• il tient à l’impact négatif sur l’emploi hexagonal au profit éventuel de l‘emploi chez nos voisins allemands.

• quelques députés ont donc voté le report de l’interdiction de production en France de pesticides prohibés par l’Europe mais à destination des pays dits en voie de développement.

La formulation suggère:
• que l’Europe est, a minima, équivoque et/ou paradoxale (ou pas ?)

• qu’éco-nomie et emploi priment sur éco-logie et santé (des utilisateurs et des consommateurs finaux), quels que soient l’échelle ou le périmètre retenus

• que l’anthropocentrisme multiséculaire se perpétue renforcé par le paradigme anthropocentré occidental…

2. Qualité du raisonnement et construction argumentaire, encore

Les propos de Madame Brune Poirson, secrétaire d'État à la transition écologique allaient précipiter mon embarras, pour bien des motifs. Elle déclarait lundi au micro d'une radio nationale:

"C'est une décision qui s'explique mais c'est une décision que je regrette."

Je voudrais sincèrement museler ma propension pour l’analyse, par simple souci de confort.

« Décision qui s’explique » ?  

• « Décision » : de quoi parle-t-elle ? De processus décisionnel, de motivation (consciente et où inconsciente), de manœuvre, de mécanisme, d'acte ?

• « qui s’explique » : l’usage de ce verbe à la forme pronominale, ne manque pas de subtilité! La décision s’expliquant , gageons qu’elle s’applique avant de peut-être s’excuser;

• « que je regrette » vise la décision, ce qui la motive, la précède ou la suit ? Que va-t-elle faire de cet état de conscience?

Et d'ajouter :

" Ça m' énerve parce que c'est encore ce point noir-là que toutes nos oppositions vont utiliser pour faire croire qu'on ne fait rien sur les questions climatiques en France."

J’entends son émotion quoique je peine à la définir.

« Ça m’énerve ? » À quoi ou à qui renvoie ce "ça"?

Est-ce à dire que "ça" l’agace, la frustre, l’indispose, l’inquiète ou la révulse?

M. de Lapalisse, bienveillant, lui susurrerait qu'étant par elle déclaré noir, ce point n'est pas blanc ; conséquemment il est exposé, à la critique voire à la vindicte, sans effort aucun. Pourquoi cette critique-là sur ce sujet-là (ne) ciblerait-elle (que) les questions climatiques en France? Quant à "nos" oppositions, voilà un pronom possessif bien étrange, sauf à les considérer internes voire intérieures.

J'ouvre ici une parenthèse. Je me demandais récemment: "Où sont les femmes?" 

La tirade de Madame Poirson martèle la question. Si je comprends la difficulté voire les risques à railler une ligne politique que l'on soutient, je prête toujours aux femmes le courage de dénoncer l'incohérence érigée en leçon. Imaginez que je prononce ici l'une ou l'autre interjection "virile"!

Je la ferme (la parenthèse).

3. Qualité du raisonnement et construction argumentaire, toujours

Au-delà des clivages politiques et idéologiques, réels ou affectés, pourrions-nous identifier un dénominateur commun à quelques éléments de la classe politique, dirigeante ou aspirant à le (re)devenir?

Espaces et temps "de parole" se confondent-ils dans la frénésie à les monopoliser au détriment du sens et de l’intelligibilité?

Nous observons un phénomène intéressant: le charabia comme moyen de communication entre les hommes.*

Transmission de messages et volume d’interactions ne sont jamais synonymes de communication. Ils équivalent parfois à "se tirer une belle dans le pied"...ce qui vaut, je vous l'accorde, toutes les démonstrations.

4. Réfléchis avant de penser*

J'en suis convaincue:

Communiquer et s’exprimer utilement ne consiste pas à organiser le déni des réalités et des contradictions, à orchestrer une simplification abusive ou à atrophier la complexité des choses. Cela tient à la volonté d'identifier, de formaliser, de partager avec rigueur... tout en écoutant !


Mon expérience et ma pratique me permettent d’y modestement contribuer :

quels que soient les sujets (professionnels, commerciaux, politiques, institutionnels ou personnels) et leurs enjeux, l'effort de maîtrise du sujet, l’acuité du raisonnement, la qualité de l’argumentation, l’honnêteté de l’intention précèdent et nourrissent l’acte de communication. Devenant utile, efficace et respectueux des destinataires, celui-ci en fait des acteurs attentifs, éclairés et conscients, capables de dialogue et de choix.

Rappelons-nous le propos d'Etienne de Condillac:

"Les mots, et la manière dont nous nous en servons,

peuvent fournir des lumières sur les principes de nos idées."

*Stanisław Jerzy Lec, Nouvelles pensées échevelées; à consommer sans modération...

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