Return to site

Francophonie contre anglicismes, tout contre....

Photo extraite du film "mes tontons flingueurs"

Au détour d'une conversation sur LinkedIn, la prolifération d'anglicismes s'est confirmée transversale à maints secteurs et registres de nos activités hexagonales. D'aucuns s'en soucient avec une sincérité réconfortante. Est-ce un symptôme, un stigmate, un épiphénomène?

Qu'en pensez-vous?

Allégeance, appauvrissement, auto-dénigrement?

J’esquissais alors quelques hypothèses aléatoires. Cet abus d'anglicismes traduirait-il une allégeance obligée à la culture et à l’économie anglaises et/ou américaines, clé inéluctable de l’ouverture internationale, dans une économie dite mondialisée (quand ne l’a-t-elle pas été ?) ? Un appauvrissement des capacités langagières - donc de créativité? Le fruit d’une perception restrictive et orientée de notre postmodernité assortie de ce goût bien français pour l’auto-dénigrement ?

Ces abus pourraient, après tout, signer une exaltation de la langue, des cultures anglaises et/ou américaines. Elle serait nécessairement servie par une maîtrise avérée de l'anglais. Or, selon l’indice de compétence en anglais (Education First) la France se classait parmi les cancres de l’Europe (24ème rang sur 27 pays)et du monde (37ème rang sur 70 pays) en 2015. Voilà qui oblitèrerait cette hypothèse.

De carences en lacunes...

« Naming » et autres anglicismes, tenteraient-ils de dissimuler conjointement nos faiblesses langagières en anglais…autant qu'en français, celles-ci étant pareillement avérées? A minima en distrairaient-ils, faisant d’une pierre deux coups. Notons que pendant que nous faisons « d’une pierre deux coups », nos amis anglophones et anglophiles - et d'autres d'ailleurs, «tuent deux oiseaux ou plus avec une pierre». Tout est dit!

Quelque argument que l'on produise, la menace de mort qui pèse sur les langues prend aujourd'hui le visage de l'anglais.

Je me rappelais alors l’analyse de Claude HAGÈGE, "Halte à la mort des langues" (Éditions Odile Jacob, 2000) en ce qu’elle dépasse la défense de notre seule langue française.

« Le français est une affaire éminemment politique. Chacun sait, y compris ceux qui s'en gaussent ou s'évertuent à la vilipender, que la défense de l'exception culturelle par les acteurs de la politique française n'est pas une petite guerre d'opérette. En défendant la culture, c'est-à-dire la vie, le français défend sa vie. Il défend aussi, et par là même, celle de l'allemand, de l'italien et d'autres langues d'Europe, pour ne parler que d'elles. [...] Quelque argument que l'on produise, la menace de mort qui pèse sur les langues prend aujourd'hui le visage de l'anglais. Et je gage que les plus avisés des anglophones ne sauraient vouloir d'un monde qui n'aurait plus, pour se dire, qu'une seule langue.»

La francophonie, direz-vous, à propos. Elle se tient telle une communauté d'intérêts et de sens: la langue française y est trait d'union d’une multitude de peuples différents, unis autour d'un idéal culturel et linguistique...Songeons à l'un des plus ardents défenseurs de la langue française, le poète et président du Sénégal Léopold Senghor (1906-2001) à l’origine de la création de l’Organisation Internationale de la Francophonie, soucieuse de concurrencer l’expansion planétaire de l’anglais. En d'autre lieux, en d'autres temps et pour d'autres motifs, Léopold Senghor invitait à "assimiler sans être assimilé"...

Une francophonie assumée et incarnée

Pourrions-nous cultiver puis pratiquer pareillement une francophonie d'abord hexagonale, fière et soucieuse de la richesse, des saveurs et des couleurs, de la puissance expressive de la langue française? Sa subtilité dans le discours solennel, sa rigueur dans l'analyse, sa saveur dans le propos gouleyant.... Je proposerais de nous méfier de quelque compliment affecté. À force de répéter que le français est la langue "de la diplomatie", ne nous persuade-t-on pas que c’est là son (unique) pré carré?

Au regard de "l'effort" à engager dans le cadre des échanges et des négociations de toutes natures ne sommes-nous pas d'emblée désavantagés et sans doute moins performants, l'anglais étant déclaré de rigueur? Cela n'accorde-t-il pas, d'entrée de jeu, quelque primauté, au moins symbolique à certains de nos amis? L'effort de nos élèves, étudiants et autres apprenants au profit de l'anglais - sinon la pression exercée en sa faveur - est également plus important. Ignorante en la matière, je m’interroge sur le statut et sur la nature des incitations à l'apprentissage des langues dites "étrangères" par les anglophones. Partialité de ma part? Indubitablement. Gauloiserie? Qui sait?

S'ils n'étaient tristes autant que dramatiques, certains anglicismes prêteraient à sourire.

Ainsi préfère-t-on parfois aux traditionnels réunions, colloques, conventions et autres rassemblements, le terme « caucus ». Ceci ne manque pas de piquant s’agissant, me semble-t-il, d’un mot américain du 18ème siècle, encore utilisé dans le cadre du processus électoral américain. Faire du neuf avec du vieux, direz-vous. Soit. Caucus étant également un verbe, je crains que beaucoup ne "caucusent" incessamment…

On se « prépare des nervousses brékdones » (Les Tontons flingueurs / Michel Audiard 1963)…

Mais "le cave se rebiffe" dit-on.....

All Posts
×

Almost done…

We just sent you an email. Please click the link in the email to confirm your subscription!

OK